13 avril 2007

Kabul le jour, Kabul la nuit

Salut a tous, j’écris ces quelques lignes en ce vendredi 13 assis sur les canapés de l’Atmosphère, un club français ou se trouve une piscine, un bar, et un resto ou je conseille les steaks sauce roquefort juste après un carpaccio des familles, sans oublier le fondant au chocolat aux pépins de grenade, le tout rincé par un vin de pays pas piqué des vers….je suis où ? Mais a Kaboul pardi ! Début de réponse aux questions que beaucoup se posent et que je reçois régulièrement, la vie a Kaboul ? Pas trop dangereux ? Pas trop contraignant ? Sachez tout d’abord que nous sommes dans une république islamiste, et que comme pour tous les régimes religieux identiques (Iran, Pakistan…) en capitale et dans les grandes villes, cohabitent deux mondes en permanence, celui des expats, des binationaux, des pistonnés, des hauts dignitaires, et de certains locaux aventureux avec celui des afghans moyens bien moins doré, bien plus exposé, et surtout bien plus dangereux en ces années afghanes marquées par une détérioration assez hallucinante de la sécurité. Plus c religieux, plus c hypocrite en deux mots (rien de nouveau ceci dit) vu que les autorités ferment un œil qui souvent lorgne sur le portefeuille et autres bakchichs sur fond de flou juridique, de zones grises, et de démagogie populiste qui provoque de temps en temps des descentes type prohibition le côté Hollywood en moins. Quand on est expat, il y en a donc pour tous les portefeuilles, et presque pour tous les goûts. Que tout le monde se rassure donc nous ne manquons de rien (surtout pas de bonne bouffe et d’alcool) le tout dans des ambiances aussi sécurisées que possible. Cela devient plus compliqué quand nous voulons découvrir l’autre monde, le vrai, celui es afghans quoi. Bienvenue dans le monde de la sécurité tendue (dont bibi est le moniteur de par sa position de coordinateur logistique, le garant étant le chef de mission) ou se côtoient interdictions (essentiellement) prise de risques contrôlées (ou pas) et assessments en tout genre a chaque fois que nous sortons du périmètre validé. Pas le droit de marcher en dehors d’un petit rectangle, pas le droit de conduire, déplacements presque toujours accompagnés d’un staff national. Etre en retrait en permanence, ici point de visibilité ONG, tout le contraire en fait avec une politique low profile pour se fondre un maximum dans la masse. La barrière culturelle aussi est de taille, au vu des règles concernant les femmes déjà, mais aussi au vu d’un islam qui reste assez difficile à percer, entre politesse vis-à-vis d’expatriés, zèle propre, et désillusion face à un occident qui une fois de plus ne présente que sa face la plus mercantile et la moins idéologique, détournée et dénaturée régulièrement par ignorance, colère, et autre manipulations barbues. Donc voila passé les salamaleks de circonstance, les quelques outings aux restos populaires avec le staff, et les tasses de thé échangées au bureau, que reste t il ? Les expatrié(e)s, ma plus grande déception depuis mon arrivée en terre afghane. Les fidèles lecteurs de ce blog m’ont souvent vu faire l’apologie de ces cercles d’amis et de compagnons d’arme, dont la richesse n’a d’égal que la force et la sincérité. Quid de kabul? Tout le contraire malheureusement L Premier choc, l’expérience et l’âge moyen. Je m’attendais en arrivant dans un contexte aussi chevronné que l’Afghanistan à rencontrer des gens à l’expérience certaine, qui auraient roulé leur bosse dans d’autres destinations pour le moins costaudes, et d’un certain âge (sous entendu d’une certaine maturité) Que nenni! Avec une moyenne d’âge de 25 ans et un discours conséquent, le niveau ne vole décidément pas très haut. S’ajoute à çà une candeur impressionnante sur fond d’admiration pour « ce peuple de résistants et ce pays magnifique » faisant fi de toute réalité et/ou barrière sociale, historique, sécuritaire, et culturelle. L’humanitaire a toujours partiellement été un foyer pour personne en fuite de quelque chose, à la recherche d’une autre soit, mais un vivier pour jeunes en devenir qui se cherchent et qui font leur Erasmus en Afghanistan, j’avoue rester un peu perplexe. Autre choc, le communautarisme qui règne dans le milieu expatrié et surtout le milieu français. Si se retrouver entre compatriotes a toujours été un bonheur pimenté d’une bonne bouteille, d’une terrine maison, ou autres prétextes consistant à faire l’apologie de notre mode de vie à la gauloise, de rigoler d’un chauvinisme que nous rejetons à moitié (et de pourrir les rosbifs au rugby bien sûr) ici c’est plutôt le ghetto linguistique et culturel. La richesse de mon expérience humanitaire est toujours passée par ce mélange de nationalités que je n’ai pas besoin de détailler, et quelle déception de retomber dans un univers aussi monochrome! Ressortent les vieux clichés désagréables, les préjugés à la limite de l’intolérance (et de la connerie bien sûr) et le pire? Les autres nationalités en font de même…mais à qui jeter cette maudite pierre ? Bien entendu la résistance s’organise, minée par les fins de mission des valeureux résistants, mais la lutte continue. En fin de compte, est ce bien un mal? Le petit groupe de résistants a un avantage indéniable, celui de nous dégager pas mal de temps libre à exploiter de biens différentes manières, mais ce sera l’objet d’une prochain posting. Un vocabulaire militaire de circonstance depuis quelques lignes, pourquoi? Parce que nous sommes dans un pays en guerre active (nouveauté pour moi) et que par conséquent je découvre une nouvelle composante au paysage ONG, nos amis les militaires en campagne, chargés de faire la guerre mais aussi de gagner les « hearts and minds » formule tristement commune aux Einsteins en chars d’assaut. Le nom des troupes étrangères en Afghanistan, l’ISAF (International Security and Assistance Forces) résume la confusion dont nous faisons les frais en tant qu’ONG. Pour le I le S et le F pas de soucis, mais l’intrus reste quand même l’assistance apanage des humanitaires non? Et oui en deux mots les militaires ont décidés de nous « faire de la concurrence »…et çà donne quoi ? Un bordel digne de ce nom aussi dangereux pour la qualité de l’aide humanitaire que pour notre propre sécurité, merci les miloufs. L’aversion pour l’uniforme que j’ai toujours éprouvé résulte de motivations plus complexes aujourd’hui, mais elle n’en demeure pas moins une réalité en ce qui me concerne. Mais encore? Suite au prochain épisode pour vous garder dans l’expectative…

4 commentaires:

sara a dit…

Bonjour Mario,
une lecture, des souvenirs, un moment nostalgique...voilà ce que ton blog me dit!

Merci, je continue de suivre tes périples.

Prends soin de toi et de Trayle

Sara de Québec -XX-

Anonyme a dit…

salut mario, je ne te savais même pas en afghanistan, tu y es pour combiende temps? moi je me fais un petit trou a paris pour quelques temps, et puis apres on verra!
bon stage!!erasmus et bonne route!
helene de bordeaux puis mayotte puis ...
a plus!

Anonyme a dit…

Coucou mon Mario. Le blog de ta cherie est d'enfer.. tres poetique... et puis vous etes bien mignons tous les deux! Fais attention a toi et passe nous voir a Washington bientot!

FWI: J attends mon deuxieme... un garcon!

Bisous

Anne et Ryan

Anonyme a dit…

Salut mon Mario,

comment a évolué la situation depuis ce dernier posting ?

Au plaisr de discuter de tout cela avec toi.

Biz à vous 2

Toyost (maintenant sur l'Afrique Australe...)