23 juillet 2005

Des dangers d’une mission

Salam aleikoum people. Deux mois tout rond depuis ma dernière missive, et j’en suis désolé. Monitoring sécuritaire du 30 Juin, pilotes de brousse introuvables, programme de forage qui part en sucette (du prétubage 6 pouces diamètre in 160mm minimum vous avez ?), et enfin jonglage entre deux bases à cause d’un manque d’expats : vous comprenez maintenant. Plus sérieusement durant ces deux mois bon nombre d’entre vous se sont enquis de mes nouvelles à l’approche du 30 juin (date anciennement fatidique ou tout devait basculer) mais aussi lorsque les médias daignaient lâcher deux trois brèves sur ce pays oublié de tous. Merci les amis vous m’avez donné matière à écrire aujourd’hui, car en plus de vous rassurer j’aimerais vous parler de sécurité et des dangers auxquels nous faisons face et vous faire découvrir encore une facette de ce monde fascinant qu’est le mien depuis plus de 9 mois maintenant. Sécurité donc. Danger? pas vraiment, je dirais même le dernier point de la liste, aussi bizarre que cela puisse paraître. La gestion de la sécurité fait partie intégrante de mon travail au même titre que la logistique ou l’administration. Il faut faire en sorte que les équipes programmes puissent travailler dans des conditions optimales, et cela passe par un monitoring constant de la situation, un relevé régulier des indicateurs sécuritaires mais aussi politiques économiques et sociaux. Vient aussi la validation des rumeurs, informations et autres histoires que je récolte auprès des médias, de la population, de mon staff et des mes collègues expats. Enfin l’analyse et la prise conséquente de décisions. Si je suis responsable de la sécurité de ma base, mon coordinateur logistique est le responsable de la sécurité de l’ensemble de la mission. Nous sommes ainsi en contact quasi quotidien et c’est mon référent direct qui validera ou non (en collaboration avec la chef de mission) toute modification limitation ou encore interdiction que je jugerai bon de prendre. Quand on sait que ce dernier est passé par le Rwanda, le Soudan, l’Ethiopie, et la Somalie, vous comprendrez pourquoi la confiance que j’ai en ce dernier est proche de l’aveugle. Sécurité mais encore ? sans rentrer dans les détails (c’est confidentiel après tout) nous définissons un mode de fonctionnement propre à chaque situation, et déterminons chaque situation en fonction de paramètres propres au contexte. La sécurité ne se gère pas uniquement elle s’anticipe et cela va de l’acceptance auprès des différents acteurs (miliciens, armée) aux précautions d’usage. Que faire en cas d’attaque? Avons-nous de quoi tenir un siège le cas échéant? Comment et par où évacuer si évacuation il y a? voilà mon travail de responsable sécurité. Je la garantis à mon staff, à mes collègues expats, et…à moi-même. Rassurant tout cela non? Je terminerai cette partie en rappelant que la RDC n’est pas un pays ou la sécurité des expats est directement mise en cause. De plus, notre statut d’ONG nous confère une neutralité et une marge d’action qui est plus ou moins respectée. Charge à moi de la faire respecter lors de débordements d’ailleurs en brandissant notre charte notre drapeau et en ouvrant ma gueule pour remettre les choses en perspective, partie que je préfère au passage. Assez parlé boulot, contexte, et autres scénarios hypothétiques. D’autres dangers? Oui et par lesquels je me sens tellement plus concerné. Nous vivons en brousse coupés du monde sans Internet ou téléphone, loin de nos racines, nos amis, nos familles. Nous sommes 2 à 3 expats condamnés à passer l’intégralité de notre temps ensemble, sachant que nous venons d’horizons différents et sommes là pour des raisons toutes aussi différentes. Enfin nous sommes dans un environnement ou il n’y a rien à faire d’autre que travailler. Toute sortie de notre compound se transforme en ballade au zoo ou nous sommes les animaux, montres du doigt par petits et grands, suivis systématiquement par des hordes de gamin, et interpellés en permanence pour de l’argent du travail et je ne sais quoi d’autre. Même pas moyen de passer la nuit à l’extérieur à mater les étoiles vu les moustiques et la Malaria surtout qui guette. Dois je continuer ? l’ennemi ce n’est pas la machette ou le fusil d’assaut, mais bien nous même. Burnt Out en anglais retenez bien cette expression les amis car c’est notre souci à tous ici. Comment gérer tout ce que je viens d’énumérer, reconnaître les symptômes, y remédier ou pas? Une introspection sur vous-même vous tente, je ne vous conseillerais pas meilleure expérience. Point de mensonges ici, ni aux autres, ni a soi même, si tu ne gères pas tu te crames vitesse grand V. Alors comment gérer? Première chose savoir définir un espace de travail et un espace de vie. Je rappelle que sur un compound ces deux espaces empiètent facilement les uns sur les autres, et surtout le rappeler au staff aux autres expats et à soi même. Ensuite il faut savoir se fixer une heure de départ et une heure de fin sans oublier le jour obligatoire de repos ou on ne touche à son ordi que pour écouter de la musique. L’heure de fin tout le monde connaît, mais l’heure de départ? Ben quand on est en brousse pas grand chose a faire le soir donc c souvent dodo tôt pour un réveil encore plus tôt. Footing dans les champs au lever du jour je recommande, un peu de lecture au pieu, ou juste un peu de méditation dans la paillote en prenant son petit déjeuner ça marche. Manger et boire aussi….en Afrique on peut n’avoir rien à manger être en pleine jungle, mais il y a toujours de la bière locale. Donc voilà le topo a manger quelques fruits et légumes du poisson et de l’huile de palme… bien rougeâtre et légère. Et puis il y a donc de la Simba. Deux choses donc, gérer les appros bouffe de notre base support pour se garantir un équilibre alimentaire, et toutes les bouteilles que nous faisons venir pour varier les plaisirs ;-) Monitoring constant de notre consommation d’alcool pour ne pas tomber dedans quoi. Pour vous donner un exemple la cuisine italienne (je persiste à dire à ma collègue qu’elle s’est trompée de vocation) accompagnée de Piña Coladas on essaye de ne pas le faire tous les jours mais bon…ça tombe bien on se lève suffisamment tôt pour faire un footing ma conscience est rassurée! Dernière chose le quotidien bien évidemment. Les tensions pour des conneries, les prises de têtes que l’on reporte sur ses collègues, des frustrations professionnelles qui ressortent sur les mauvaises personnes et sa propre capacité à intégrer cela. Je ne suis pas dans le secret des recruteurs ACF, mais je ne suis pas encore tombé sur des timorés ou des gens réservés. La solution dans l’isolation et le silence. Savoir quand on doit arrêter de parler et savoir quand il faut se réfugier dans sa chambre fermer la porte et ne l’ouvrir qu’après un petit moment. Voilà donc le vrai danger à mon sens, et je terminerai en vous disant que cela fait un mois que je vis dans une sensation d’être arrivé au bout de ce que je pouvais endurer. Un mois que je n’arrive plus à faire tout ce que je viens d’écrire, un mois que je remets en cause ma présence sur cette mission. J’ai demandé officiellement un temps de réflexion pour voir si je suis vraiment cramé ou voir si je peux rebondir. J’ai donné ma réponse ce matin à mes supérieurs. Laquelle? je laisse ceux qui me connaissent supputer la dessus, réponse au prochain épisode dans quelques jours. Dernière parenthèse pour tous les anciens camarades de Mbandaka qui lisent ces lignes, la charmante bourgade a connu une mutinerie de militaires qui a dégénéré à l’arme lourde durant deux jours. Si tout est rentré dans l’ordre à présent, je dois malheureusement vous annoncer que la résidence ACF et la maison voisine MSF ont été complètement pillées et mises à sac à la congolaise. Il ne reste donc que les murs et encore. Les expats ont été brièvement bloqués là bas par les mutins avant d’être secourus par l’armée congolaise. Les UN ont bien entendu fait preuve d’une transparence totale vu que personne n’a vu leur contingent de la journée. Bref les amis il ne reste plus rien de Bongondjo, du squat avec vue sur le fleuve, de Choléra le chat ou de la corne d’Afrique. Gardez bien les photos et les souvenirs de toutes nos soirées passées là bas, car tout cela a été effacé en quelques heures… on garde la foi!

23 mai 2005

On se pose une minute là

Salut a tous, Un chti mois depuis ma dernière prose et pas des moindres puisque j’ai vécu une évacuation temporaire de ma brousse, un break de 10 jours dans la non moins dangereuse Durban (Afrique du Sud) et un meeting général à Kinshasa où je suis en ce moment avec l’ensemble des expats de la mission. Mais avant de commencer, un moment toujours aussi difficile, notre coordinateur médico-nutritionnel est parti après avoir terminé sa mission. Tout drôle de se dire que nos routes arrêtent de se croiser…Big up à toi Farid et vivement qu’elles se recroisent à nouveau! Bon j’en vois déjà froncer les sourcils à la notion d’évacuation temporaire, permettez-moi donc de rappeler que notre sécurité est gérée de manière préventive et nous avons été éloignés de notre base avec ma camarade expat pour une durée de dix jours à cause d’un risque potentiel de clashs milices-armée sur Malemba où nous sommes basés. Fort heureusement pour la population, pour notre staff, et pour notre programme il n’en a rien été, mais alors que nous étions repliés sur Lubumbashi, nous avons essuyé une tentative de sécession (rien de moins) de la province du Katanga alors que nous étions tranquillement occupés à terminés une bouteille de Chianti au sulfate à La Casa, restaurant italien tenu par le consul d’Italie au Congo (tout un programme je vous dis ce pays) Sécurité préventive donc…je rajouterais anticipation, mais surtout rassuré de voir que nous gérons toutes ces situations de la meilleure manière possible. A ce sujet je tiens à prévenir tout le monde, nous entrons dans une période fatidique au Congo qui est celle de l’avant et de l’après 30 juin. Pour faire très bref, cette date est la date butoir pour l’organisation des élections, qui n’auront (je vous le donne dans le mille) pas lieu. La conséquence est la prolongation de la transition qui règne au Congo depuis la fin de la guerre, et la prolongation de l’attente interminable de la population dont le sort n’a bien sûr fait que reculer depuis la fin de cette même guerre. Nous ne comptons plus les menaces, alertes sécu, et autres tentatives de troubles qui sans être d’envergure entretiennent la hantise d’un retour à l’horreur que ce pays a connu. Ajoutez-y les tensions ethniques, la misère, et les manipulations politiques nationales et internationales (of course) et vous avez un bien beau portrait de ce que nous vivons au quotidien désormais. Alors que prévoyons-nous ? Des troubles bien entendu…rien qui puisse dégénérer à grande échelle mais nous aurons sans doute quelques jours de repos forcés à la maison : Je vous donne donc en avant première ce que vous aurez largement le temps de suivre grâce aux médias. Aucune raison de s’inquiéter à ce moment là, surtout si je vais faire preuve de silence prolongé. En effet la brousse sera le parfait refuge le temps que tout cela passe, et je ne devrais pas faire signe de vie avant la mi juillet donc no worries babies, everything is under control. Qu’elle a changé ma vie en 7 mois, c’est la seule chose ou presque qui me vient à l’esprit en ce moment. Je suis en train de préparer une montée des périls, sur fond de centres de nutrition et de puits communautaires. Ce n’est pas tant mon quotidien ni la force de ce que je vis qui m’interpelle mais vraiment ce regard sur soi, hors contexte. Ce que je pensais être un nouveau départ n’est finalement qu’une métamorphose mais en quoi? La quête de cette réponse est de loin le travail d’introspection le plus remuant que j’ai pu faire…. Pourquoi je parle de métamorphose? Parce que j’ai tout simplement conscience que je prends une autre dimension dans ce monde. Moi qui étais généralement assez diplomatique (ou Faux cul selon les versions) me voici devenu sanguin comme je ne me connaissais pas. Moi qui lorgnais vers une certaine idée du collectif, me voici tenté par l’isolement (temporaire cela va de soi) le plus simple. Moi qui ne jurais que par le ballon ovale et la caisse de bois à six cordes, me voici délaissant ces passions au profit de…de quoi déjà? A y est le nerf de la guerre. De quoi déjà… mais bien sûr la réponse est là. De cet inconnu qui m’enveloppe, de cette motivation (ou absurdité au choix) qui pousse à aller la où personne ne veut aller, de cette paix d’esprit que me procure la joie de faire une différence, et de cette rage de voir toutes ces victimes périr. Pas une larme de versée jusque là, pourtant j’ai encore du mal à oublier certaines choses que je vois…des troubles? que Nenni! Du questionnement permanent…et avec les moustiques c’est pas évident croyez moi J Alors futur cœur de pierre professionnel? Si je ne ressentais plus rien je ne serais pas ici voyons. Mais je sens que lorsque je m’énerve dorénavant je le fais pour quelque chose qui en vaut la peine, et cela va d’un enfant cadavérique à l’incompétence d’autres expats. Je sens aussi que lorsque je ris c’est plus que jamais de bon cœur, et qu’est ce qu’on peut rire de par ici. De nous même, des autres expats, des locaux, de notre travail, et j’en passe et des meilleures! Mario tu nous emmerdes avec tes prises de tête… pourquoi ne pas appeler cela un nouveau départ? Eh bien tout simplement parce que dès que je reviens à la civilisation, ma priorité est un resto italien suivi d’un Wine And Cheese des familles, le tout entrecoupé d’un petit concert voire d’un match de rugby!!! Oui les amis, je pense souvent à nos retrouvailles non pas quand elles auront lieu, mais comment elles auront lieu. Mais çà n’a pas de sens? Tu viens de nous dire le contraire! Vraiment? Je vous laisse réfléchir là dessus en attendant la prochaine fois…

17 avril 2005

Congo Part 2

Salam a tous A y est retour de brousse après finalement huit semaines. Huit semaines coupé du monde avec pour seuls liens le télex avec ma base support, et les quelques rares moments ou nous arrivons à capter la radio. Huit semaines donc a bouffer du terrain et vous savez quoi ? Qu’est ce que c’est bon…allez je me lance. Malemba Nkulu donc, au milieu de nulle part accessible par le fleuve et par la piste de brousse qui permet aux petits porteurs de nous ravitailler et de nous transporter de et vers la civilisation. Un enclavement comme on en fait peu qui s’explique par la géographie, l’état des pistes (le mot route serait galvaudé) puis la saison des pluies restreignant voire paralysant certains déplacements. Aussi laissez entrer les acteurs j’ai nommé les hommes en vert (l’armée quoi) et les Maï Maï, nos chères milices qui refusent de déposer les armes et qui refusent d’accepter une autre justice que la leur. Pas vraiment la robe de juge d’ailleurs, plutôt l’alcool et les substances sur fond de jolies pétoires. Enfin les figurants, la malheureuse population pour qui quotidien rime avec rançonnement, harcèlement, voire viol et meurtre lorsque ces messieurs mettent du cœur à l’ouvrage. Figurants donc?Excellant dans les déplacements de population, et se réfugiant souvent dans les croyances traditionnelles et l’obscurantisme religieux pour résoudre leurs problèmes. ACF alors…nous essayons de faire une différence en soignant les enfants malnourris victimes de ces mouvements, lorsque les parents veulent bien les emmener dans nos centres. Enfin, nous essayons de créer et d’améliorer un accès à l’eau pour des villages qui parfois en connaissent à peine le goût. Bien sûr cela vaut lorsque les localités ne croient pas que nous allons réveiller les esprits en visitant leur source, et lorsque ces derniers réhabilitent les routes pour nous permettre de les atteindre. Charmant tableau donc dans lequel nous avançons au rythme de monitoring sécuritaire, de pannes radios, de voitures qui s’embourbent, et de fuel qui vient à manquer. Mon fils tu es un homme maintenant.. Pas vraiment papa mais je laisse pousser la barbe c’est un bon début (ben comme j’ai plus de cheveux). De l’intérieur donc, une base comme on en rêve, quand on en rêve. 45 personnes qui font tourner le bébé à merveille, des procédures respectées, une honnêteté à faire peur au congolais moyen, et un dévouement et qui permettent de surmonter au quotidien toutes les difficultés que j’ai exposées : le pourquoi du comment et la source de mon récent bonheur. Que l’Equateur me semble loin avec sa malhonnêteté, sa corruption, et sa paresse, et quel bonheur de ne pas avoir quitté le Congo sur les impressions négatives qui m’avaient mangé. Parlez-moi de nouvelles réalités, oui papa je grandis plus vite que prévu et je me prends des claques mais si je veux devenir un vrai huma faut bien faire son baptême du feu. Je ne ferai pas dans le voyeurisme ni dans la description graphique par respect pour tous les gens qui ne s’en sortent pas, tous les enfants qui meurent dans nos centres pour y avoir été emmenés trop tard, et surtout car chacun de nous comprend ceci à sa manière si jamais nous arriverons un jour à comprendre. Mais quel sadisme nous pousse à apprécier l’humanité dans ce qu’elle fait de plus pervers…eh bien le fait de se dresser contre tout ceci, et même parfois de changer les choses. Cette brousse mentale et physique a des effets thérapeutiques qu’on ne lui suspecterait pas…à reléguer un vieux débris réac en soutane blanche qui claque sa pipe au rang de curiosité pour touristes japonais en mal de sensations photographiques. J’ai même du mal à me souvenir de mon aversion pour monsieur Bush c’est vous dire. Oui les amis la brousse ça vous change un Mario en mieux.. J’espère! Vous m’en direz des nouvelles quand vous me verrez, mais pour l’instant je continue. Que nous mijote le Congo pour les mois à venir ? Que des bonnes choses à l’orée des élections qui n’auront pas lieu et de tout ce que cela va engendrer comme désordre en attendant pire. Des manipulations à but électoral qui feront des figurants dont je parlais des acteurs aguerris dans la misère quotidienne dont ils ne sont plus très loin. Jusque quand ces gens là vont ils être obligés de faire leurs gammes ? Loin des caméras, du tsunami, et du téléthon, va falloir attendre que ce soit encore plus costaud pour que quelqu’un les entende ces putains de gammes. En attendant, nous attendons. Quoi? Des budgets pardi ! La fin des manipulations, des pressions internationales, et peut être la décision d’un gros barbu dans un bureau qui débloquera quelques millions…on ferait vraiment une différence ? Je veux y croire, mais en attendant ce n’est pas mon boulot ni ma priorité. Je vous laisse donc, retourne dans la jungle pour en ressortir dans deux mois environ avec tout plein de choses. Contact dans huit semaines et si je peux avant. En attendant donnez à ACF si vous pouvez çà aiderait les figurants, bien plus que vous ne l’imaginez…ah oui un dernier truc. Je vais bien, plus que bien même, et merci pour tous les mails que j’ai trouvé dans ma boîte. Merci pour tout le soutien que vous me donnez, la brousse serait plus dure sans vous sincèrement. A bientôt tous et continuez à en balancer autant que vous pouvez. C’est votre contribution et pas des moindres. Ciao babies!

15 février 2005

And so we end a chapter

Mboté Na Bisso, Tout d’abord merci du fond du cœur à tous ceux qui se sont inquiétés de mon silence prolongé. Ca m’a fait chaud au cœur de lire autant de mails me demandant de communiquer un peu plus : pas fait exprès je vous jure et pour tout cela tout simplement merci! Allez nous sommes le 15 février et cela fait donc 6 semaines depuis ma dernière missive. Permettez moi donc d’inaugurer ce nouveau rythme de correspondance bi trimestrielle en ce lendemain de St Valentin, bien lointain de Mbandaka. Petit topo pour introduire le pourquoi du comment. Souvenez vous un mois tout rond après être arrive au Congo, je me suis retrouvé tout seul sur ma base avec pour obligation de pallier à l’absence d’un autre expat et de faire face à la charge de travail de deux personnes, le tout dans un contexte que j’ai eu bien du mal a apprécier. Les temps de réaction étant trop lents à mon goût, j’ai demandé donc de terminer ma mission mi avril et d’être réaffecté dans un autre pays, car si le travail restait passionnant, ma réalité ici faisait tout pour détruire le positif de ma mission. Je me suis alors vu proposer de rester chef de base ici, afin de m’occuper du projet et de l’Admin. et délaisser la log, ce que j’ai tout bonnement refusé, voulant absolument passer à autre chose. C’est là que la proposition parfaite est tombée : passer chef de base (par choix et non par défaut) sur notre base de Malemba Nkulu dans le Katanga (sud est du Congo) afin de travailler sur des programmes de nutrition et d’hygiène de l’eau. Je vais devoir superviser une dizaine de centres de nutrition, un programme de forage, une soixantaine de staff local, un véritable parc auto/moto …bref vous l’aurez compris on passe à la vitesse supérieure. Bonheur de me voir confier un projet pareil après quatre mois dans l’humanitaire et ravi de voir que tous les efforts de ces quatre premiers mois ont porté d’aussi beaux fruits. A une exception près toute mon équipe de coordination s’est prononcée en faveur de ce choix et je n’en ai été que plus touché. Deuxièmement, fin de la sécurité alimentaire pour laquelle je n’éprouvais pas spécialement d’atomes crochus et place à deux nouveaux domaines qui sont à l’origine de ma motivation pour l’humanitaire. Enfin joie de me retrouver dans une équipe expats de 4 personnes (deux ingénieurs et une nutritionniste) ce qui va me changer de la compagnie du chat : voilà pour mes premières impressions. Je vais en un an et quelques faire l’expérience de trois domaines des quatre sur lesquels nous intervenons (reste la santé primaire) autant dire un bon paquet d’expérience chez ACF. Je referme donc une parenthèse riche en enseignements professionnels et humains, d’où je tire énormément de satisfactions et de joies comme vous avez pu le suivre, mais aussi un certain nombre de frustrations de par la manière dont s’est déroulé mon séjour Mbandakais : l’humanitaire a beau s’être professionnalisé, et l’ère des Rambos et autres hippies a beau être loin derrière nous, il reste en chantier. Je prends conscience donc que nôtre tâche est double ; oui nous travaillons pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes et pour ceux qui prendront le relais sur le terrain, de façon à leur fournir le support optimal en vue d’améliorer sans cesse leur sécurité et leur efficacité. Croyez moi toutes ces personnes qui se débattent au siège au rythme des incessants rapports, meetings et comptes rendus font tout sauf de l’esbroufe, mais arrêtons nous là pour l’instant et revenons à mes aventures congolaises. Je suis parti en break (on en a un tous les trois mois) le lundi 23 janvier après avoir bouclé notre activité 2004 relative au budget en cours et fait repartir toutes nos équipes (souvenez vous nous opérons sur 3 arrières bases dans tout l’Equateur) sur le terrain. Nous étions à une semaine de la fin du budget et toujours sans nouvelles quand au renouvellement de ce dernier. Ce petit con est finalement tombé le 31 janvier pour une année supplémentaire, nous allons donc non seulement continuer notre travail mais surtout s’éviter la pénible tâche de mettre 60 personnes au chômage, et mettre en branle le processus crève cœur de démantèlement et rapatriement de nos actifs. Mon break donc que j'ai passé au Caire en compagnie de la soeurette et de mes deux géniteurs...de la bouffe dans tous les sens, une bonne petite semaine pharaonique et nassérienne (rien nasser de s'obstruer l'canal disait la chanson mais ça c'est une autre histoire) et surtout la joie de retrouver un mode de vie civilisé avec de l'eau courante, de l'électricité, la télé avec des films....bref du plus que nécessaire pour repartir du bon pied! Après un passage très bref par Kinshasa, je suis revenu sur Mbandaka avec mon successeur et mon coordinateur logistique afin d’effectuer la passation et surtout d’évaluer les dégâts de quatre mois en sous effectif sur une base. Mes derniers moments à Mbandaka et je dois reconnaître que les sensations sont bizarres. Je vais me désengager totalement d’un projet que j’ai vécu intensément, et me détacher d’un staff avec qui nous avons vécu des choses très fortes. Une impression de déjà vécu…je repense à mon départ de Londres et cette relativisation couplée à un compte à rebours choisi mais plein d’inconnu : mes premiers pas dans ma nouvelle vie sans doute, et une émotion que je maîtriserai sûrement avec le temps, mais d’ici là je ne pourrai pas dire que je n’ai pas vibré. Déjà vécu aussi cette séparation avec les amis, MSF, ONU, et autres…des visages, des rires, des pleurs, des angoisses et j’en passe et des meilleures que nous avons vécu ensemble au rythme d’alertes sécuritaires, de tracasseries incessantes, mais aussi au rythme d’accomplissements collectifs et de résultats à vous donner toute la conviction pour continuer…que c’est dur et je repense à la rue Ketanou qui chante « on avance seuls sur la route…je continue coûte que coûte » allez prochain plongeon dans quelques jours. Retour jeudi sur Kinshasa, puis départ samedi pour Lubumbashi la deuxième grande ville du pays, ou je passerai deux jours sur notre base support, et lundi vol spécial pour Malemba Nkulu. Alors quid? Du Rock’n' roll si j’ai bien compris. J’aurai tout le temps de vous narrer nos activités là bas dès que j’aurai mis la tête dedans, mais en attendant sachez que je débarque en territoire Maï Maï, les fameuses milices armées qui contrôlent le coin avec tout leur réseau de chefs de guerre, au détriment d’une présence gouvernementale bien illusoire. Pas de danger sécuritaire notoire à relever, mais un contexte tout de même délicat où il faudra ménager certaines susceptibilités. Comme dit une collègue, non monsieur Maï Maï, laissez la machette à l’entrée s’il vous plaît…on va rigoler je vous le dis. Plus sérieusement, ACF est de loin le plus gros employeur de la région (province ?) notre champ d’action est aussi large que varié, et la corruption est bien réduite comparé à notre charmante province de l’Equateur : tout semble réuni pour constituer la mission idéale ? Suite au prochain épisode ;-) Maintenant notre gros inconvénient c’est que nous n’aurons ni téléphone ni Internet!!!! Oui les amis le manque de communication que je redoutais tant s’est enfin manifesté et ça va être comme qui dirait tendu pour vous alimenter en missives et autres comptes rendus ; en effet notre seul contact avec le monde extérieur sera le Télex avec notre base arrière, et le téléphone satellite à 15 Dollars la minute, utilisé uniquement pour les contacts sécuritaires. Côté vie nocturne et divertissements Malemba vous fait passer Mbandaka pour Lausanne…enfin bon je me comprends ! Heureusement que nous allons être quatre expats ACF là bas, car à part les deux du CICR nous allons être étrangement seuls…vous l’aurez compris un challenge supplémentaire et un test supplémentaire pour voir jusqu’ou je peux tenir : les expats déjà passés par là bas ont tous été charmés par l’expérience et il me tarde de pouvoir vous narrer tout cela. Un déplacement sur Lubumbashi est prévu toutes les six semaines pour notre santé mentale, et c’est là que je pourrai mettre à jour mon blog et lire tous vos mails, puis me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde. Bon le CICR dispose d’une antenne satellite nous permettant de recevoir les news et surtout de regarder le rugby (pourvu qu’on s’entende bien) mais ce n’est pas garanti encore : wait and see! En attendant vous recevrez très prochainement un e mail de ma part avec ma nouvelle adresse mail et un petit update sur comment me faire parvenir de vos nouvelles. J’ai signé pour un an donc le Congo ce sera jusqu’en décembre, et j’espère rentrer au Moyen Orient / Europe pour les fêtes de fin d’année…en attendant ce sera au rythme des breaks que je verrai du pays : déjà l’Egypte et le Kenya pour une escale nocturne mémorable, au menu en avril l’Afrique du Sud (Durban ou Le Cap à définir suivant le déroulement de la Currie Cup) puis je reste ouvert pour juillet et octobre. Zanzibar? Mozambique? Namibie? Ah la la c’est pas évident je vous jure…allez sur ces quelques conneries je vous dis à plus que bientôt, prochain contact fin Mars ou vous saurez tout de mes premiers pas, en espérant qu’ils soient à la hauteur de mes espérances. Ah oui un dernier truc, donnez à Action Contre La Faim… Salam! PS : Amis rugbyphiles, j’ai la joie de vous annoncer que dimanche dernier j’étais devant mon téléviseur en train de regarder SS1 une chaîne sud africaine de sport qui m’a permis de voir notre cher XV de France mettre la (petite) raclée à nos chers rosbifs à Twickenham…ah la la cette action de Traille en deuxième mi temps qui en fixe quatre d’un coup on se serait cru en 2002 à nouveau…heureusement que Merceron avait déjà pris sa retraite…héhéhé, j’espère que je pourrai regarder France Galles, sinon je compte sur vous pour les comptes rendus. Enfin bon en ce qui me concerne on a niqué les anglais chez eux alors le reste du tournoi, vous pensez bien…

01 janvier 2005

Dernier message de l'année

Mboté na Bisso Tout d’abord désolé pour le silence radio de ces dernières semaines mais la charge de boulot à laquelle je fais face depuis que je me retrouve seul ici à Mbandaka (un mois et demi maintenant) me laisse vraiment très peu de temps de libre. Je vous écris d’ailleurs en ce premier jour de l’année ou la plupart d’entre vous se remettent de l’indigestion alimentaire et éthylique de la veille et de la semaine dernière …pas de répit pour le Mario qui aura bossé jusqu’à la dernière minute en ce mois de décembre (dont les quinze derniers jours sans pause)… Alors, profitant de toutes les clôtures usuelles de décembre, il est temps de dresser un petit bilan de ces trois mois dans l’humanitaire dont deux mois et demi au Congo. Côté professionnel, premier bonheur de travailler (enfin) pour Action Contre La Faim, dont les méthodes et des techniques développées sur les 25 dernières années nous permettent de fournir une aide intelligente, optimisée, et dotée de tous les outils de suivi nécessaires : on ne s’improvise vraiment plus humanitaire. Arrivé à Mbandaka, j’ai eu la tâche d’organiser et le deuxième bonheur de réussir à moi tout seul des distributions de Non Food Items pour 11500 ménages, touchant de la sorte entre 55 000 et 80 000 personnes, dans les territoires ex rebelles du Congo. J’ai ainsi travaillé sur la réception, l’acheminement, puis la distribution de ces intrants dans un contexte nouveau et difficile, sur des zones enclavées comme ce n’est pas permis. Rajoutez à cela les différentes tracasseries administratives et autres dont nous avons fait l’objet et vous comprendrez ma satisfaction. Enfin, initialement responsable d’une équipe de 16 personnes, j’en gère à présent une soixantaine, agissant comme chef de base, et donc me rajoutant des fonctions de responsable Admin et Programme : un touche à tout crevant, mais une expérience non négligeable qui me donne l’opportunité de faire mes preuves encore plus vite que prévu. Beaucoup de chemins de présentent à moi avec la nouvelle année qui commence et je ne suis que plus impatient de pouvoir les emprunter. Ma vie quotidienne, elle, s’est trouvée changée et bouleversée pour le mieux. Je reste plus que jamais convaincu et heureux de mon choix de vie. Convaincu de faire quelque chose dans lequel je me retrouve enfin, et heureux de rencontrer tous ces gens avec qui je partage ma vision des choses. Se laisser bercer par nos récits, partager ce que nous vivons, rêver à d’autres missions et d’autres horizons, mais aussi se soutenir moralement lorsque l’adversité prend (parfois) le dessus. En bien ou en mal, ce que je ressens et vis depuis trois mois n’a jamais été aussi fort et aussi vrai. Que notre petite cage dorée occidentale me semble loin, et qu’est ce que je me porte mieux surtout! Même les fêtes de fin d’année, traditionnellement occasion de retrouvailles entre famille et amis, se sont révélées à la hauteur de mes espérances. La solidarité inter ONGs que j’ai enfin ressenti, et la fraternité ACF - MSF plus précisément a agi comme le meilleur des palliatifs. Le 24 au soir c’était la résidence ACF qui recevait la crème des ONGs de Mbandaka autour d’un petit repas pas piqué des vers et quelques bonnes bouteilles…pas de quoi se laisser abattre croyez moi! Puis le 31 c’était au tour de MSF de me rendre la pareille, le tout entrecoupé de multiples soirées guitare pinard peinard agrémentées d’anecdotes du terrain et autres partages en tous genres. Qu’il a été dur de se dire au revoir, sachant que pour la plupart nous ne nous reverrions sans doute pas, mais l’espoir de voir nos routes se croiser à nouveau ici ou ailleurs ne fait que nous pousser toujours dans la même direction : à croire que c’est délibérément calculé! L’optimisme biaisé du Mario j’entends certains dire déjà…quid du revers de la médaille donc? Eh bien un revers malheureusement bien présent et qui fait énormément réfléchir comme vous allez le voir. Professionnellement d’abord, certaines décisions que j’ai bien du mal à comprendre. Faute de continuité dans notre financement par les bailleurs de fonds, je me retrouve seul sur ma base, sans respect d’aucune de nos procédures sécuritaires. Je dois faire face à la charge de travail de deux personnes pour une durée inconnue rendant tout notion d’efficacité obsolète. J’évolue aussi dans une province réputée pour la malhonnêteté et la paresse de ses gens, staff local, partenaires, ou autorités. Arriver dans un contexte pareil à quinze jours de la plus grosse pointe d’activité de notre programme ici (j’ai nommé les fameuses distributions) en sus de tous les cauchemars logistiques propres à cette région, est aussi une grossière erreur à mon sens. Oui tout se passe bien au final, mais j’ai commis des erreurs que j’aurais sans doute évité, et qui m’ont coûté du temps, de l’argent, et surtout qui ont mis mes nerfs à rude épreuve. Certes une ONG sans fonds propres comme la mienne est sujette à ce genre d’imprévus, mais ce qui me dérange dans tout cela est tout simplement le fait que je ne l’ai découvert qu’en arrivant sur place ; un mensonge par omission à mon sens. Si je l’avais su avant cela aurait t il changé ma décision de venir au Congo ? sûrement pas mais je me serais préparé différemment et j’aurais été prêt à endosser toutes ses responsabilités par choix, plutôt que par défaut. La négligence de tels paramètres et surtout l’absence de palliatifs temporaires qui auraient pu s’anticiper bien avant mon arrivée (mise en place d’un suivi à distance de certains dossiers…) sont bien dangereux pour une première mission, car pour me cramer et me rebuter de l’humanitaire on ne pouvait pas mieux s’y prendre. Merci à la providence de m’avoir fait débuter à Londres où j’ai rencontré des personnes exceptionnelles qui ont mis la barre très haut et qui m’ont donné suffisamment de foi pour reléguer ce qui m’arrive au rang d’erreur de passage : en trois mois j’en ai rencontré bien d’autres (chez ACF et chez les autres) qui l’ont perdu cette foi et plus d’un qui ont claqué la porte, dégoûtés par de tels choix bancals et des prises de positions aussi hasardeuses. A titre personnel, je ne peux m’empêcher de poser le débat sur notre rôle d’humanitaire et notre utilité ici au Congo Ouest, qui me font m’interroger sur la viabilité à long terme de notre présence. Nous formons des populations vulnérables à l’utilisation d’outils et d’intrants que nous leur distribuons, de même que nous les sensibilisons et les renseignons sur la raison de modifier certaines habitudes comportementales, le tout en respectant leurs différences culturelles. Mais nous nous heurtons à des tabous alimentaires et socio culturels bien plus grands que nos petites interventions, et nous prenons le risque de voir notre message devenir lettre morte et de réduire par conséquent notre rôle à celui de simples distributeurs. MSF ici a le même problème avec ses centres de santé qui n’arrive pas à évaluer l’ampleur des améliorations qu’en théorie ses derniers devraient produire. Oui notre activité et le nombre de personnes que nous touchons par notre action ne sont pas illusoires, mais nous nous heurtons à un manque de moyens assez délicat. Délicat car en l’absence de fonds pour assurer un suivi de meilleure qualité et plus approfondi nous courons deux risques : celui de ne pas connaître la portée exacte de notre action, puis celui de n’avoir qu’une portée limitée plus dangereuse qu’autre chose. Plus dangereuse pour une population qui s’habitue à une aide gratuite, pour elle normale, et plus dangereuse car lorsque nous sommes obligés de sélectionner des bénéficiaires parmi tous ceux dans le besoin, nous créons des tensions et des rancoeurs, que nous n’avons pas les moyens d’évaluer véritablement. Dans un pays plombé par l’attentisme le pillage et la corruption, une telle activité partielle et limitée par manque de moyens peut elle vraiment contribuer à améliorer la situation? Ne faudrait il pas donner la priorité à un travail de fond sur les mentalités et les croyances avant de pouvoir transmettre ce que nous voulons transmettre? Et si au lieu de se disperser, nous concentrions encore plus notre aide (et nos moyens) sur moins de projets mais qui seraient plus efficaces? faut il enfin revoir nos critères financiers minimum qui font que nous décidons d’intervenir ou pas? Déjà nous observons le désengagement de nombreux intervenants au profit de l’est du pays où par contre les besoins sont bien plus urgents : devons nous en faire de même ? Je ne suis que nouveau dans ce monde décidément bien plus compliqué que ce nous voudrions croire, mais le froid réalisme de notre professionnalisme doit avoir le dessus. Je m’en remets à mes supérieurs et malheureusement aux bailleurs de fonds qui dicteront la marche à suivre dans tous les cas. Car le véritable problème reste l’argent et la solidarité internationale. Que représentent les enveloppes allouées par les gouvernements à l’aide humanitaire ? et que représentent les donations de particuliers par rapport à leur pouvoir d’achat ? N’y a-t-il pas moyen de revoir ces montants à la hausse ? Attention je ne me veux surtout pas donneur de leçons, juste mettre en lumière certaines réalités que j’ai découvert ici, pour ne pas devenir un sparadrap sur une jambe de bois….

05 décembre 2004

Moi je suis congolais, et toi?

Salut a tous, Cette fois je démarre par des salutations en français et non pas en Lingala, pour vous parler…des congolais justement. La question revient souvent, Mario vous êtes des néo colonialistes entre vous, ou bien vous fréquentez des congolais? Et ces derniers ils sont comment ? Et les congolaises? Face à toutes ces questions je me dois de vous faire un petit topo sur les autochtones dont la singularité est le seul qualificatif que je puisse leur associer tant il m’est difficile de résumer ces grands moments que sont nos échanges. Quels sont les traits de caractère des congolais déjà? Eh bien sachez tout d’abord que c’est un peuple qui a connu toutes les horreurs possibles et imaginables, du pillage à la guerre à la famine…je ne m’attarde pas sur les récits de l’époque ou sur certaines séquelles physiques particulièrement visibles lors de déplacements en territoires ex rebelles (la cicatrice sur la tête c’est quoi? un massacre avorté à la hache…) il en résulte un fatalisme et un attentisme déprimant et de ces derniers découle un individualisme, véritable poison de ce pays où la notion d’intérêt collectif a disparu depuis belle lurette. J’en vois quelques uns se dire, il est gentil le Mario, mais quelle autre attitude espérer? Ben tout simplement un cynisme à toute épreuve qui permettrait de rigoler au lieu d’attendre que ça se passe, et qui se muerait en un état d’esprit collectif aux vertus curatives. Je ne m’attarde pas plus sur le sujet, ce blog n’est pas un forum mais simplement le reflet de mon petit cerveau de blanc (enfin marron plutôt mais bon) : je pose le décor tel que je le perçois et je le vis surtout. D’entrée de jeu, je me suis vu contraint d’éliminer de mon dictionnaire toutes les personnes (les riches comme les moins riches) qui ne louchaient que sur mon portefeuille et qui venaient systématiquement me voir pour me demander de l’argent, une faveur, ou encore tout bien que je pourrais leur donner (sollicitations allant de quelques casseroles à ma voiture)…ironie du sort, les ONGs (toujours à la traîne niveau sous) sont ici les plus gros employeurs et vues comme des mini Fort Knox…no comment! Quid des autres alors? Eh bien sachez qu’il faut se rendre à l’évidence, les barrières culturelles que nous considérons souvent comme des artefacts de l’establishment sont des réalités bien troublantes, car tant de choses nous séparent. D’abord l’éducation, l’école, le voyage ne sont que des mots ici, rendant toute base commune de discussion difficile. Ensuite, des pratiques telles que la polygamie, bien plus que tolérée, ajoutent leur pierre à l’édifice qui nous sépare, et la cerise sur le gâteau reste la religion. Le christianisme dans toute sa splendeur colonialiste se voit couplé à la sorcellerie et autres croyances occultes pour donner des résultats qui donnent la frousse. Que certains croient que les pygmées jettent des mauvais sorts aux gens s’ils sont mécontents, soit. Que d’autres croient aux hommes crocodiles qui vous entraînent au fond du fleuve et vous font travailler pour l’éternité soit, mais quand la majorité croient aux enfants sorciers et font porter à leur propre progéniture la responsabilité de la misère familiale, là ça devient une autre paire de manches. Ces enfants sont tout simplement jetés hors de leurs maison et vont gonfler les rangs des Tchegués, les enfants des rues, aussi dangereux que désespérés. Oui croyance et pauvreté voila les deux véritables fléaux qui ravagent la société congolaise. Pauvreté dis je, horreur quotidienne des femmes surtout…oui des femmes, souvent seules membres du foyer à travailler. C’est « marrant » d’ailleurs de constater que seuls les hommes et les enfants quémandent…quitte a rester dans le très gai autant continuer avec ces filles virées de l’école par leurs professeurs pour avoir repoussé les avances de ces derniers, ces autres filles qui échangent leurs corps contre un simple repas parfois (la tristement célèbre prostitution au sens large), et celles qui combinent les études, le travail de jour, et la passe de nuit : oui un bien triste portrait d’une société toute aussi désespérante qu’impénétrable. Néo colonialisme donc? Véritable casse tête pour nous tous ici je vous assure, car à un moment ou un autre la très désagréable sensation de supériorité nous effleure…. je pense qu’il faut être honnête et le reconnaître, même si nous chassons cette pensée aussitôt au nom de tous les principes auxquels nous croyons, quelle difficulté de réaliser que souvent le raisonnement et la relation de cause à effet sont des inconnues qui se font cruellement sentir : première conclusion donc, pas vraiment moyen de se mêler aux locaux, à moins de tomber sur la perle rare. Allez à ce stade de mon compte rendu, certains sont désabusés, d’autres révoltés, sans oublier ceux qui sont horrifiés, alors je vous rassure on re-positive tout de suite donc restez, et lisez jusqu’au bout! Continuons avec les perles rares que je m’efforce de chercher en permanence, eh bien elles existent et j’ai eu la chance de rencontrer un congolais amoureux de son pays, tout aussi révolté que moi par ce qu’il voit, et qui a surmonté toutes les barrières tout en refusant de se résoudre à l’expatriation voire l’émigration. Un bonheur de pouvoir apprendre d’un congolais que l’espoir est là, et surtout le bonheur de se faire un ami de l’intérieur. Allez mais hormis de tels bols d’air frais quelle attitude adopter alors ? Faire le menaçant et intouchable, le juste mais sévère, et bien entendu rigoler en permanence. Le menaçant et intouchable pour dissuader toute personne mal intentionnée de venir nous importuner. Le juste mais sévère, pour inspirer le respect et la peur du gendarme, début de la sagesse comme tout le monde le sait. Rigoler alors? Oui et tout le temps je vous assure. Rigoler de voir que nos soucis et nos normes occidentales sont décidément bien futiles, rigoler de l’inventivité dont certains font preuve pour sous tirer de sous, rigoler de ces messes à rallonge qui tiennent plus du bal de village qu’autre chose et qui vous font passer une messe beat pour une blague de jésuite (rigoler de voir une amie déménager lorsqu’on a ouvert une église derrière chez elle par exemple). Sourire enfin en se disant que malgré toutes ces difficultés, nous arrivons à faire une petite différence ici, à tirer certaines personnes de leur misère, et se coucher le soir en se disant que même si le conducteur de la pirogue va nous réveiller par ses cris, il en faudra encore un peu plus pour nous décourager…un optimisme emprunt de naïveté ? Peut être. A toute épreuve? Jusqu’à ce que l’on craque c’est sûr, mais là d’autres prendront la relève et continueront sur la même lancée…je me contente de passer le flambeau.

28 novembre 2004

Ecarte les rideaux on démarre le show

Mboté na bisso, Allez cette fois on ne parle pas travail, on ne parle pas tracasseries, on oublie les chocs culturels, et on s’attaque à la vie à Mbandaka en diurne et/ou nocturne. Je dis bien et/ou nocturne car la notion de journée est à remettre dans le contexte…souvenez vous, le bled n’a pas d’électricité et les gens vivent au rythme du soleil qui se lève dès 5h00 du matin pour se coucher vers 17h00. C’est ainsi que je me lève vers 6h30 au son des pirogues sur le fleuve, et des congolais dont le volume sonore normal reste bien élevé à de telles heures…la vie commence à s’arrêter après 17 heures pour faire place aux marchés nocturnes tout illuminés de lampes à pétrole qui jalonnent la route comme des centaines de grosses lucioles : superbe! On trouve généralement des ramboutans (gros lychees) des pilolis (petits gâteaux à base de farine de maïs) des arachides (miam) de la canne à sucre, et surtout du Loto Ko la fameuse eau de vie de maïs (j’ai toujours peur de goûter pour ceux qui s’interrogent). Il faut savoir que la recrudescence de cet alcool à une telle heure correspond au retrait des forces de police qui en temps normal empêchent cette vente afin d’éviter l’alcoolisme matinal…c toujours mieux de les voir bourrés a 20h qu’a 14h mais bon, je vous laisse méditer sur la question. Les mbandakais vont se coucher progressivement et la ville meurt totalement à minuit grand maximum. C’est là qu’une ballade en voiture se révèle des plus agréables d’ailleurs au milieu de la végétation équatoriale, avec des jeux d’ombre et une facilité de circuler qui donnent cette impression d’être le maître des lieux pour quelques heures, avant le retour des piétons, des vélos, et de tout ce qui va avec. Mbandaka était une ville très agréable dans les années 60 aux dires des anciens. On y trouvait des théâtres, des cinémas, des restaurants des bistrots…si cela vous semble banal, je peux vous assurer qu’il est difficile de le concevoir aujourd’hui tant cette dernière est aujourd’hui délabrée, et tient debout par un mélange de providence, d’instinct de survie (ayant remplacé le bon sens depuis belle lurette), et d’héritage colonial ayant survécu aux pillages et autres horreurs de la guerre. Il reste donc très précisément deux restaurants à l’hygiène douteuse servant à manger, l’auberge justement et maman Odile (mais incompatibles avec mon régime végétarien), puis deux bars, un ou les expats ne mettent pas les pieds (je pense y aller donc bientôt) et le fameux 222. J’avais placé de gros espoirs sur ce dernier, haut lieu de rencontre des expats m’avait on dit, pensant qu’il deviendrait mon repère et/ou mon bureau annexe… ma première visite m’a vite fait déchanter par la présence exacerbée de prostituées et de leur clientèle, j’ai nommé le contingent uruguayen (nous y reviendrons) Ayant décidé de boycotter dans un premier lieu cet endroit, j’ai compris ensuite que ces messieurs n’y sont pas toute la semaine: à voir donc! Voila, le décor est planté et je dois reconnaître qu’il m’a été difficile de m’adapter au début, mais cela fait maintenant 6 semaines que je suis là et j’ai trouvé un rythme de croisière assez sympa. Mes compagnons d’abord. J’ai eu la chance d’avoir mon prédécesseur avec moi pendant 10 jours au début, puis ma collègue chef de projet pendant un mois et je dois reconnaître que l’adversité dans laquelle nous sommes a contribué à développer une amitié assez particulière que je crois solide : à confirmer donc mais quand je vois ce que j’ai vécu au quotidien de rires, tensions et autre, il me semble difficile de qualifier nos rapports de relations mondaines…wait and see! Je suis le seul expat ACF depuis deux semaines à Mbandaka car la chef de projet étant partie à Kinshasa pour devenir chef de mission, et dans l’expectative de budgets qui se font décidément bien attendre, son poste ici reste vacant pour l’instant. Les journées sont plus longues certes, mais mes bouquins, CDs, et notre résidence avec vue sur le fleuve rend cette solitude dans laquelle j’avais peur de tomber complètement illusoire : qu’est ce qu’on est bien à taper ses mails en regardant le fleuve, avec un petit Miles Davis en fond…héhéhé. Il n’y a pas qu’ACF dans l’humanitaire, il y a aussi Médecins Sans Frontières, la croix rouge, les UN, non ? Je ne sais que répondre…. Il est vrai que je suis arrivé dans l’humanitaire en imaginant une fratrie expat inter ONG modèle de tolérance et de solidarité, mais je suis tombé de bien haut…en dehors de quelques individualités (avec qui je traîne) personne ne fait un effort vers l’autre. Les expats semblent se plaire dans leur tour d’ivoire, délimitant leur univers par le mandat de leurs organismes respectifs, et développant une certaine ignorance de l’autre au nom d’un pseudo élitisme qui est à l’antipode de ce que les humanitaires devraient être à mon sens. Nous sommes donc quelques uns à nous retrouver, et notre quotidien se trouve parfois agrémenté par la visite d’expats de passage, un bol d’air frais comme vous le devinez : compagnons d’un jour ou d’un année, pour paraphraser Mano Solo, dont l’éphémère autant que la sincérité donne à notre vie ici un côté bohème dans lequel une fois de plus je me retrouve. Viennent alors les UN….ah la la je ne saurais par ou commencer moi qui était fasciné par cette organisation. Tous les humas que j’avais rencontré jusque là m’avaient tous fait part de leur dégoût pour ces derniers et j’attendais de voir par même : ils avaient donc raison…les UN sont un pot pourri de nationalités ou les quotas semblent primer sur le professionnalisme, et ou les critères de sélection éthiques ou autres sont totalement absents. Un humanitaire se doit de véhiculer un certain nombre de valeurs au quotidien et qu’est ce qu’il est difficile de le faire lorsque nous voyons ces messieurs, parfois à peine éduqués, plus concernés par les péripatéticiennes que leur boulot, provoquant haine et incompréhension de la part de la population ; bien entendu confusion aidant, nous sommes tous mis dans le même sac, et je vous assure que mes fameuses envies de strangulation reviennent souvent. La question en fait est : que font ils ? Ils sont chargés d’organiser les élections au Congo et rien n’est prêt mais alors la vraiment rien…dois je continuer? En fait oui je vais terminer par leurs militaires en faction ici. Il faut savoir que les UN sous traitent avec des armées pas chers du tiers monde, nous gratifiant donc de la présence d’êtres d’exception. Nous avions les boliviens ici, partis pour pédophilie preuves à l’appui, nous avons aujourd’hui des uruguayens qui passent leur journée à se relayer entre leur camps barbelés et leur port. Mais que gardent ils ? Les UN ont leur Military Police que diable. Ils doivent être là pour soutenir l’économie locale, car avec leur Per Diem largement supérieur au nôtre, ce sont eux qui fixent les tarifs de la passe. Que cela arrive soit, ce sont des militaires après tout, faut pas leur en demander plus. Mais quand on apprend ce que sont payées ces pauvres filles atterrissant ici à cause de cette foutue pauvreté, l’envie de gerber et de coller son poing dans la gueule de ces connards a du mal à se dissiper … le 222 est ainsi infréquentable à moins de ne pas regarder dans les coins et vous comprenez donc pourquoi. Bon, vous venez de lire tout çà et je vous vous demandez s’il y a un peu de rose la dedans, je vous rassure plus que de raison! Nos résidences UN, MSF, ACF et consorts sont très agréables pour tous repas et/ou soirées passées à se raconter notre quotidien ici, à se remémorer nos plaisir occidentaux, à jouer de la guitare, à rigoler des écarts culturels dont nous sommes témoins, et à parler de nos plans de vie. Je veux partir au Darfour, et toi ? HCR à Moscou ? Toi tu veux juste rentrer te reposer? Tu verras après….on parle de nos craintes aussi…lesquelles ? Ben tu crois que nos potes quand on rentrera comprendront ce que nous avons vécu ici au Congo ? Et ma copine restée en Europe qu’en sera-t-il à mon retour ? Je sais pas… comment expliquer à mon entourage que je veux bosser en Somalie? Et toi là tu arrives à dormir après ce que tu as vu aujourd’hui? Ben mine de rien, tout çà meuble nos emplois du temps à fond. La tribu humanitaire c’est notre réalité aujourd’hui et quelques soient nos différences on est tous d’accord sur une chose : qu’est ce que ça va être dur de partir, d’abandonner nos emmerdes ici et notre quotidien si unique, et de se quitter surtout…

18 novembre 2004

Tracasseries

Mboté Na Bisso, Tracasseries donc...derrière ce mot anondin pourtant partie integrante de la vie Congolaise se cache la source de l'enfer que je viens de vivre ces dix derniers jours! certains me demandent si c'est dur le Congo, ma réponse est bien sûr que non, faut juste de l'EXOMIL pour mener a bien son travail, mais laissez moi vous raconter. Tout a commencé avec la préparation de notre meeting trimestriel avec nos trois superviseurs. Un déplacement de quatre jours (deux sur le fleuve) à BARINGA par canot rapide...complication dans l'etablissement du permis de voyager, complications dans l'etablissement de nos papiers de voyage expats, bref deux journées marathon pour arriver à un jour de retard! départ tant bien que mal le jeudi matin ma collègue, mes deux pilotes hors bord, mon mécano, moi même et nos affaires plus le carburant. C'en était trop pour notre petit canot qui refusa tout simplement de déjauger nous forcant a decaler notre voyage de deux bonnes heures et surtout d'abandonner des futs de carburant nous laissant dans l'obligation de nous ravitailler en cours de route: jusque la des contraintes logs tout ce qu'il y a de plus classique, et nous sommes partis l'esprit tranquille dans l'idée d'arriver dans la journée, en comptant sur mon pilote de BARINGA qui viendrait nous trouver en cours de route (de fleuve en fait) pour nous ravitailler. Nos consignes sécu nous interdisant de rouler la nuit sauf urgence (et la nuit tombant a 18h) nous décidons de passer la nuit a Basankusu, port ou est située une base MSF, car il faut le savoir, ici tu ne dors que chez des expats! nous nous rendons chez les collègues qui nous accueillent à bras ouverts (ah la solidarité inter ONG) mais nous devons revenir au port car l'office des migrations n'accepte pas nos documents de voyage: nous nous faisons expliquer que le pays n'est pas reunifié (foutaises) que nos documents ont été établis par des autorités non reconnues ici, et que nous sommes en infraction!!! l'envie de strangulation toujours mais le souci de respecter notre planning nous embarque dans trois heures de discussion (mais quels fils de p...) pour arriver a la conclusion suivante : rendez vous a 5 heures du mat le lendemain chez le numéro 1 de l'office des migrations afin de "négocier" notre départ au plus tôt. Inutile de préciser que l'enervement fait place au désespoir...big up a ma collègue d'ailleurs dont le positivisme a réussi à ne pas me faire sombrer dans une noirceur difficilement évitable. Après une sieste de quelques heures, nous voila rendu a 5h00 chez l'enc... en chef qui veut nous faire remplir des papiers, nous faire payer, requisitionner notre lampe torche et qui voyant qu'il n'aboutit a rien essayer meme de recuperer mon T shirt ACF. L'intimidation, la patience, et l'arrogance aidant nous partons finalement a 6h30 les nerfs aussi tendus qu'un string sur le cul d'une grosse en esperant arriver le plus vite a BARINGA. Prochaine étape, vous l'aurez deviné, la panne sèche vu que mon pilote ravitailleur brillait par son absence. Nous voila à MOPANGA (une sorte de grande métropole vous devinez) en train d'essayer un plan C avec départ de motos chargées de futs d'essence de BARINGA pour nous sauver...deux heures plus tard, notre pilote apparait frais comme un gardon en nous expliquant qu'il nous attendait depuis la veille a 8km en amont...Michel, quand tu pars ravitailler qqun c toi qui trace parce que c celui qui a besoin d'essence qui va tomber en panne non?trop compliqué...allez arrivée a 13h a BARINGA, on oublie tout on dejeune et on commence à bosser d'accord? pas de l'avis de tout le monde....vers 16h nous sommes interpellés par des bruits de foule et c la que nous decouvrons un attroupement d'une bonne centaine de personnes à l'exterieur de notre base, dont une bonne moitié serieusement éméchée, en train de crier et de se comporter de manière vraiment pas amicale. Nous sortons donc, ma collègue bien entourée par moi même et nos 3 superviseurs: il s'agit des personnes non retenues par ACF pour la distribution, vu qu'ils ne rentrent pas dans nos critères de vulnérabilité. Eh oui certains peuvent s'etonner mais voila la froide réalité de notre travail lorsque nos budgets sont limités... il s'ensuit alors une heure et demie de dialogue de sourds entrecoupé de menaces, cris, et autres manifestations de virilité dont on se serait bien passé. Ca n'a absolument pas dégénéré, mais je dois reconnaître que l'espace d'un instant j'ai cru que j'allais avoir mal...allez nous nous quittons dans l'attente de leurs doleances par écrit, fin de la journée, et début de l'enfer équatorial des insectes et autres charmants moustiques. Car ce ne sont pas des piqures que j'ai mais bel et bien des mini blessures tellement ces saloperies sont coriaces: je recommande a tous d'etre allongé dans un lit bien protégé par sa moustiquaire et de rgarder ces mini monstres essayer de la perforer: l'enfer vert. Pour info, il faut savoir que certains insectes sont dotés d'un venin qui rend aveugle...rock'n'roll people. Notre meeting se termine le lendemain et nous n'avons qu'une seule hate c'est de rentrer a Mbandaka. reveil donc en grande forme avec la volonté de partir a 6h00 petantes....nous partons a 7h car mon log auxiliaire avait oublié de faire le plein de la moto qui nous menait de la base au canot...congo style! allez nous partons dans l'espoir d'arriver le jour même, espoir qui meurt deux heures plus tard lorsque le moteur lache! nous voila a nouveau echoué dans un campement de pecheurs sur le fleuve entourés de moustiques et de locaux qui nous observent. Le piston a cassé, et les réparations durent deux heures et demies. Je dois reconnaitre que sans nos pilotes d'exception nous serions bien mal, grace a leur savoir faire nous repartons sachant que le retour dans la journée sera fortement compromis, à moins de rouler la nuit! bon arrivée à 16h a Basankusu que fait on? on continue bien sûr. Décision exceptionnelle prise au regard de nos dernières aventures dans ce charmant port. Je vous fais le topo, nuit noire, il pleut dru, nous sommes sous une bache qui fait ce qu'elle peut pour nous garder au sec. Me voila trempé, ne voyant rien, tremblant de froid avec notre vie entre les mains de nos pilotes: que faire alors? eh bien rigoler et s'occuper l'esprit pour ne pas tomber dans le stress...allez 7 heures plus tard (23h donc) nous arrivons enfin a Mbandaka, fin de l'odyssée!!! Voila, je pense que vous aurez tous compris, quand le Congo veut nous mettre à l'épreuve il n'a pas besoin de faire beaucoup d'efforts...je pourrais continuer des heures sur les tracasseries qui ont retardé mes barges d'une semaine (barges portant nos intrants pour les distribs), les gardiens de la residence qui avaient tiré notre rallonge chez eux, le crétin d'armateur qui a failli endommager un hors bord de l'ONU avec ses manoeuvres (ma responsabilité en cas de pépin), la barge qui est tombée en panne après être partie, le besoin d'envoyer mes pilotes par pirogue motorisée leur porter une batterie neuve pour leur permettre d'avancer... mais arrêtons nous là. Cette mission est ma première, dans un contexte tout sauf évident, et je dois reconnaitre que depuis dix jours ce en quoi je crois et qui m'a poussé dans cette voie qu'est l'humanitaire est plus que mis à l'épreuve. Existe t il un meilleur bapteme du feu? je ne pense pas et je pense que c la raison pour laquelle ma petite étoile m'a fait atterir ici: l'humanitaire par la grande porte. Je garde le sourire je vous rassure... Désolé de ne pas avoir écrit la semaine dernière mais la charge de travail comme vous le devinez ne m'a pas laissé de temps libre...cette missive vaut pour ces deux dernières semaines donc, et la prochaine fois on abordera des sujets un peu plus fun tel que ma vie sociale a Mbandaka city, sans oublier l'update sur mes barges: Action Contre La Faim rules babies....vive l'humanitaire...Amen!

07 novembre 2004

A day in a life

Mboté toujours, Ca fait maintenant une semaine tout rond que j'assume mes fonctions de logisticien tout seul comme un grand. La semaine d'avant mon prédecesseur etait encore la pour le tuilage et la preparation psychologique a ce qui m'attendait, mais maintenant ca y est I'm in command!!! mais au fait c'est quoi la vie quotidienne d'un logisticien au Congo? que du bonheur, et je ne saurais etre plus ironique... vous êtes prêts? Commencons par les bonnes choses quand même. Mon background est plus qu'un atout, vu que je gere un budget, 18 personnes, un parc véhicule terre/mer, et notre résidence sur le fleuve. J'ai chaud au coeur en voyant que mes années d'écoles de commerce, puis de conseil et gestion de projet servent enfin à quelque chose d'autre que de voir son compte en banque se renflouer a chaque fin de mois...que mes parents et les institutions qui m'ont temporairement hébergé se rassurent! Aussi, je prends conscience des différentes cultures dans lesquelles j'ai vécu, ainsi que de mes quatre langues qui sont enfin mises a contribution de manière simultanée. Faut reconnaître que jusque là ces avantages servaient surtout à impressioner la demoiselle du coin, mais là çà m'ouvre pas mal de portes: je parle francais avec les congolais, anglais avec tous les anglophones presents ici, espagnol avec les soldats UN du contingent urugayen, et arabe avec les libanais changeurs d'argent (Mohamed et Ali deux grands moments de ma vie)...aussi cosmopolite que Londres de par ici, qui l'eût cru? bref vous l'aurez compris je pars quand même avec pas mal d'atouts.Maintenant passons au contexte....c'est moi ou c 'est eux mais je vous assure qu'il y en a qui ne vont pas ressortir entiers d'une telle confrontation! déjà tout le monde quémande, cela va du mendiant à l'officier supérieur, et même si ma verve me sauve a chaque fois faut dire que la strangulation devient une pensée de plus en plus concrète...je pourrais passer des heures à faire ma psychothérapie et vous narrer les obstacles que je rencontre au quotidien, mais je préfère résumer par la phrase que mon DRH m'a dite avant de partir: Tout va lentement au Congo, très lentement. C'était malheureusement vrai, mais je pense que le plus dur reste la corruption latente et tout ce qui en résulte vu que nous refusons de cautionner pareil système. Je ne m'attarde pas plus sur ce point qui me donne la nausée vu que nous y sommes confrontés au quotidien. Mais je parle, je parle, qu'en est il au jour le jour? eh bien réveil 7h et arrivée à la base 8h passées. Début de la journée par les mises au point diverses et variées, pénible lecture des e mails (le net est aussi rapide que le Congo), et début de ma journée avec la série d'imprévus et autres merdes qui me tombent dessus. Me voila au port pour verifier la sécu de l'entrepôt, ensuite direction le port pour constater que la barge qu'on nous avait promise n'etait pas la, traque de l'armateur a Mbandaka city, sans oublier le détour obligatoire par les autorités fluviales ou la direction des migrations pour obtenir le formulaire B72 vert fluo. Retour à la base pour refaire le point, engueuler 3-4 personnes, convoquer un tel et un tel et hop direction larésidence pour dejeuner! la pause me direz vous, que nenni! je rappelle que notre parc automobile et fluvial se trouve la bas donc forcément l'arret technique avec les pilotes et les mécanos....retour à la base pour une enième mise au point et/ou engueulade et c reparti pour l'aéroport! bien sûr arrivé la bas le préambule "action contre la faim...eh bien j'ai faim moi" est de rigueur, avant de constater que le fret n'est pas arrivé...on reste calme, et on ne casse pas les côtes flottantes du responsable... euh juste une seule je peux?allez...non? bon tant pis!La fin de journée congolaise se profile aux alentours de 17h30, et il est temps pour moi de revenir a la base pour les differents rapports à taper et autres activités dactylo dont tout le monde raffole mais malheureusement nécessaires, ce qui nous mène à 19h minimum 22h30 maximum (jusque là) Le retour a la maison est des plus paisibles douche bouffe musique lecture et dodo surtout: qu'est ce que je peux dormir dans ce pays!!! C'est vrai que préparer les distributions n'est pas de tout repos et que ce que je me farcis en ce moment reste exceptionnel, mais que d'émotions croyez moi. La pause de midi arrive et l'effondrement moral avec, en se disant qu'on ne vas jamais resoudre nos problemes a temps. arrive alors la fin de journée avec les solutions de dernière minute obtenues lorsque les autres capitulent (plus têtu que moi... tu meurs mon frère) et le sentiment que ca avance malgré tout! joie, soulagment, et decontraction à l'honneur... jusqu'au lendemain matin! Allez la semaine prochaine je pars pour quatre jours dans la brousse, dont deux jours entiers de voyage par canot sur le fleuve: meeting trimestriel avec tous les responsables de nos arrières bases pour préparer les distributions. Depuis le temps que je veux y rentrer dans cette jungle, je vais être servi!!!La ballade sur le fleuve, la guitare dans la nuit, les étoiles dans le ciel...comme réunion de travail je crois qu'on peut faire pire. Promis je vous raconte la semaine prochaine et les photos suivront...héhéhé. Un dernier point et de taille, je vais louper mon premier match de l'équipe de france de rugby depuis 1999. Je pensais être rentré à temps pour suivre le match sur internet (merci sudradio.com) mais il n'en sera rien...sniff! que tous ceux qui regardent le match samedi pensent à moi et j'attends vos mails: on va les bouffer les australiens....allez la Gaule qu'on leur marche dessus!

31 octobre 2004

Mbandaka de mes amours

Mboté tout le monde, Alors tout d’abord sachez que j’écris ces quelques lignes de ma terrasse à Mbandaka qui est a 10 mètres du fleuve Congo, un fleuve magique par sa taille (jusqu'à 80km entre les deux rives) ses méandres (un labyrinthe par endroits) et surtout pour cette impression de paix qui s’en dégage…au loin c la jungle équatorienne limitrophe du Congo Brazzaville : difficile de s’imaginer une quelconque présence derrière cette sublime barrière verte. Le passage des pirogues lui trouble à peine la sérénité ambiante qui m’envahit chaque fois que je m’installe sur cette terrasse (je vous rassure j’ai la même vue de ma chambre). Les photos suivront mais je ne pense pas que l’on puisse prendre pleinement conscience de cette beauté à moins de l’avoir vue de près… Sorry everyone! Maintenant je rassure les curieux, je pars bientôt en expédition pour des distribs sur le fleuve. Nous assurons des distributions de Non Food Items auprès de populations complètement isolées par ce fleuve qui est leur seul moyen de communication avec le monde extérieur. Les intrants (casseroles, savon…) partiront par barge, et j’assurerai une présence sur les trois sites sur lesquels nous allons opérer par canot rapide : première destination Baringa, puis Bolomba, et enfin Mondombe via Boende ou nous devrons faire escale pour la nuit. Vous l’aurez compris, déplacements sur le fleuve, nuit dans la brousse, et découverte de la jungle équatorienne, on a fait pire comme routine de travail… Mais revenons au début, avec le départ de l’aéroport de Kinshasa, où les tentatives de racket par les policiers continuent de m’impressionner….une fois les formalités diverses et variées terminées, nous voilà devant le tarmac à attendre qu’un avion congolais dont la roue a lâché soit déplacé afin que nous puissions décoller. Pour info, nous avons interdiction de prendre les avions d’Hewa Bora et de Wimbidira les deux compagnies locales, vous voyez le topo... La solution est trouvée une heure après lorsqu’un tracteur agricole (qui était à deux doigts de m’écraser) vient remorquer notre petit avion pour nous permettre de décoller : faut le voir pour le croire et c pas les fous rires qui ont manqué!!! Notre avion est un vol ECHO la coordination humanitaire de l’Union Européenne qui les met gratuitement à la disposition des ONGs. Existent aussi les vols gratuits de l’ONU, et les options plus flexibles mais payantes d’Aviation Sans Frontières, une ONG fantastique au service des ONGs, et qui s’avère précieuse en cas d’évacuation notamment dans la jungle : bien beau la solidarité entre collègues. Nous voilà donc à bord d’un petit coucou qui décolle presque à la perpendiculaire et qui atterrit de la même manière, mais quelles sensations….survoler le Congo était quelque chose, maintenant survoler la jungle, voilà un spectacle qui je crois m’aura marqué à vie! L’aéroport de Mbandaka est une piste avec un local juste à côté. Pour info en tant qu’ONG nous avons accès illimité et total au tarmac (la grande classe quand tu arrives avec la voiture sans même ralentir) alors que les avions se posent et redécollent : il faut me voir avec ma radio portable sautiller d’un fret à l’autre! Allez j’arrête de me la péter et je continue…Mbandaka est la capitale de la province de l’équateur dans laquelle je suis ; vous noterez le mot capitale…Pas de routes (le 4/4 est tout simplement un atout de survie ici) l’eau courante ne courre pas très souvent, et l’électricité est quasi inexistante…côté urbanisme je ne m’attarde même pas sur la question vous aurez compris : ça va être rock’n’roll !! Notre maison est un havre de paix perdu sur l’avenue Bolenge (prononcez Bolèngué) au bout de Mbandaka et je pense que cela va être le véritable antidote à notre vie de tous les jours. Laissez moi donc vous mettre dans le bain. Les ethnies de l’équateur sont connues pour être les plus malhonnêtes et les plus paresseuses du Congo, sans oublier les tracasseries régulières et autres chantages dont nous faisons l’objet histoire de nous soutirer le maximum de Dollars possibles. Me suis déjà fait arrêter par un flic mais ayant une bonne expérience en la matière, je pense qu’il va falloir se lever de bonne heure pour m’avoir…hehehe Syrian Style !!! pour l’instant j’en rigole mais le jour ou le juge corrompu fera basculer un procès en la faveur d’un connard, ce sera une autre paire de manches…. A voir donc! Je récupère une équipe bien huilée et complète qui va me faciliter grandement la tâche : soulagement donc. Le logisticien que je remplace est resté une semaine avec moi pour assurer la passation et je me rends compte à quel point ces 10 mois en équateur l’ont cramé…je m’arrête là mais je pense que vous saisissez le contexte : on verra qui du Congo ou du Mario aura le dernier mot… Je viens de passer dix jours de folie entre la passation et le planning logistique à finaliser pour les distributions. Certains peuvent être sceptiques quand à la complexité de la logistique, mais trois bases arrières une quatrième qui fait office d’entrepôt, les animateurs et superviseurs a transporter, sans oublier les journaliers gardiens et autres manutentionnaires rendent l’équation bien sympathique. Vous rajoutez les problématiques d’hébergement, de ravitaillement en essence, l’entretien des motos, moteurs à pirogues et autres canots rapides qui ont bien du mérite à ne pas lâcher avec ce qu’on leur fait subir ; vous saupoudrez d’autorisations administratives, de moyens de communications sans oublier les considérations de sécurité, et vous obtenez une image très fidèle de ce qui va être mon quotidien pour les mois à venir! Que ceux qui considèrent l’humanitaire toujours comme des vacances me le redisent avec la même conviction. La population à Mbandaka sans être dangereuse (nous pouvons nous y balader en voiture et à pied a toute heure) n’est pas vraiment accueillante, et il est difficile de ne pas se lasser des quémandes incessantes d’une population non coupable mais je pense responsable d’un attentisme pesant ralentissant considérablement la marche des choses et pour eux et pour nous…j’ai tenté le jogging ce matin, et je pense que ce sera gérable par la suite à condition de se munir de bouchons dans les oreilles. Côté sorties, le 222 est le nec le plus ultra mais la présence des soldats Uruguayens de l’ONU en compagnie de prostituées ne m’a pas vraiment convaincue : pas étonnant que les UN ne soient pas biens vu. Les autres options qui s’offrent à nous sont l’auberge et maman Odile mais la teneur en huile de leur nourriture (signe d’opulence) et la présence de viandes (chèvre et cochon) ne me convainc pas non plus : ma vie sociale ce sera chez moi et chez MSF. J’ai continué mes explorations culinaires avec le Foufou et la Chicuane. Aucune valeur nutritionnelle, une consistance pâteuse pour le foufou, et une consistance de caoutchouc pour la Chicuane... ca ne va pas faire mon affaire, mais il faut savoir que les congolais en raffolent…vivement que je goûte le Pondou, et pour l’instant je ne veux me souvenir que des bananes plantains et des arachides délicieuses de par ici. Il n’y a pas grand chose à manger a Mbandaka, du poisson et de la viande que je ne consomme pas et côté légumes seuls les épinards, le mais, les tomates, les aubergines, et les oignons sont présents. Le riz et les pâtes (pas de patates) constituent les seuls accompagnements et les fruits sont les mangues, les ananas, et les oranges acides. On trouve du Nescafé en poudre de la confiture et du pain aussi et je viens de faire le tour de la TOTALITE du comestible…heureusement que nous passons des commandes régulières de ravitaillement à Kinshasa : le beurre, céréales, patates, et autres fromages sont malheureusement des signes de luxe, mais représentent une nécessité si l’on veut garder notre équilibre. Un dernier point sur l’eau…quelle contradiction d’être à côté d’un fleuve! Le pourcentage de coliformes vivants dans le Congo rendent toute baignade impossible, et voir la population locale s’y laver en dit long sur le travail à faire ici afin que ces derniers puissent avoir une alternative. Notre eau potable, elle, vient de la source, est bouillie, puis est filtrée ; celle pour laver les légumes est chlorée. Dois je m’attarder encore ? Je pense que la question que pas mal d’entre vous se posent est : est il toujours content de son choix? Eh bien que tout le monde se rassure oui plus que jamais!!! Oui car je n’ai jamais été plus convaincu par le sens que je donne à ma petite vie, oui car Action Contre La Faim fait un boulot fantastique d’une manière on ne peut plus pro, et oui car je prends peu à peu conscience de ce que je vis et partage avec les autres humanitaires au Congo et ailleurs : je n’échangerai ma place pour rien au monde croyez moi ! Je vous laisse là, louper le coucher de soleil serait un crime…

21 octobre 2004

Go to the Congo

Bon çà démarre bien, arrivé à l’aéroport je me trompe déjà de terminal après 25 minutes de queue puis une fois arrivé à l’enregistrement on m’explique que le poids maximum d’une valise doit être de 32 kg pour le bien être des porteurs(??? Faut que je les mouche peut être?) et qu’une partie de mes 50 kilos doit être transvasée dans une valise que je suis obligé d’acheter dans le seul magasin de l’aéroport à prix sympathique…60 pounds plus tard, je démarre les négociations sur mes 30 kilos d’excédent bagage pour en payer finalement 7…135 pounds au total elle commence pas bien la journée? Après un voyage fort sympathique ponctuée d’une escale à Bruxelles (faudra m’expliquer comment prendre au sérieux la sécu de l’aéroport qui parle comme Coluche) me voilà arrivé à Kinshasa. L’aéroport de N’Djili rend obsolète toute définition de ce mot : tout le monde court dans tous les sens (énorme) et les passe droits se font plus nombreux que la police des frontières elle-même, ensuite tout le monde court vers l’unique tapis bagage qui livre ceux des trois avions arrivés en même temps avec les gars qui sautent au dessus pour essayer de coordonner tout çà…heureusement que notre « protocole » comme on dit dans le jargon est venu me chercher et s’est occupé de tout, j’aurais bien galéré par moi-même… Première ballade en voiture de l’aéroport jusqu’à la maison ACF à l’autre bout de la ville, pas de meilleure entrée en matière possible, et la claque est immédiate. Je me sens tout petit avec ma petite expérience occidentale et moyen orientale, mais tellement heureux de faire mes premiers pas dans ce nouveau monde. Les ballades suivantes tout au long de la semaine me permettent de découvrir Kinshasa, la capitale de l’Afrique comme ils l’appellent ici ! Mes remarques peuvent paraître un peu candides surtout pour ceux qui connaissent l’Afrique mais je reste choqué de voir une ville dans un tel délabrement et une pauvreté aussi flagrante. Ce qui me paraît encore plus malsain est le contact visuel avec les personnes de la rue qui nous regardent dans nos gros 4/4 et nos grandes maisons avec gardiens. Ne soyons pas stupides non plus. Les considérations de sécurité étant primordiales, surtout au vu de l’instabilité actuelle de ce pays, notre mode de vie est tout sauf du luxe, mais je ne peux m’empêcher de ressentir un certain pincement à chaque fois. Je ne connais pas encore le Congo, mais je prends conscience du contexte et j’ai mal de voir un si beau et si riche pays dans un tel état après toutes ces années de pillage en règle d’abord par les belges, puis par Mobutu, et par toutes ces entreprises qui ne contribuent en rien ou presque au tissu économique du pays (on extraie et on sort du pays directement) : mes premiers pas donc…il me tarde de découvrir la province de l’équateur où je vais être basé mais en attendant le ciel et les nuages sont de toute beauté! Premier coup de cœur, les congolais. Fiers de leur pays et de leur appartenance, ils t’expliquent systématiquement que, malgré tous les problèmes que leur pays connaît, il s’en sortiront : un discours qui fait chaud au cœur croyez moi car que ce soit réaliste ou pas ils veulent y croire ! Si beaucoup considèrent les ONG comme de simples employeurs étrangers source de dollars (et peut on vraiment leur en vouloir) nombreux sont ceux qui travaillent par conviction là dedans avec le souci d’aider leurs compatriotes et leur pays. Cela va du simple chauffeur au chef de programme expérimenté et les entendre parler de la sorte rassure sur le travail si controversé des humanitaires. Les congolais sont aussi un peuple qui à défaut de disposer de moyens de divertissement (aucun ciné a Kinshasa) et qui souffre d’une vie culturelle très pauvre (faute de moyens uniquement) est axé sur la nourriture, la boisson, et la fête ce qui leur confère une jovialité et un humour qui m’a tout de suite touché. Attention aucune connotation négative dans ce que je viens d’écrire, les congolais ont en très grande partie poussé leurs études assez loin, et ce ne sont pas les compétences qui manquent dans ce pays, ni les intellectuels, mais il leur faut juste un peu de coaching pour enrayer toute la désagrégation et la corruption qui a mis leur pays à genou, et un gros coup de pouce financier : c’est dans cette optique que je réalise l’importance des ONGs ici, et je me sens tellement fier d’y participer…décidément le monde du corporate est à des années lumières ;-) Ma semaine a Kinshasa alors? Eh bien du grand moment J j’ai donc commencé à découvrir les spécialités congolaises, comme les bananes plantains (frites ou bien en boulettes) ou les Kossas (énormes gambas fluviales, un régal) et j’attends avec impatience de goûter les chenilles, la chèvre, et autres pondous décidément bien curieux…côté bières ici c la Primus (bouteilles de 75cl) ou bien la Skol en blonde et la Turbo King en brune (à laquelle on prête des vertus aphrodisiaques) là encore j’attends de goûter le Loto Ko (eau de vie) ou le vin de palme. Sinon côté sorties j’ai eu l’occasion d’aller dans un bar avec un sublime groupe de musique (africaine, jazz, blues) qui ne laisse présager que du bon de ce côté-là ;-) passé aussi dans un bar qui vend de la Guinness à 3$ (dollar américain) mais ce n’est pas de la pression…sniff…puis ai fait ma première soirée expats (humanitaires uniquement, on ne se compromet pas quand même) qui m’a confirmé à quel point ce monde me correspond : écouter les récits de chacun, m’a une fois de plus rappelé à quel point j’étais dans mon élément, par contre je dois reconnaître que le mythe de l’infirmière MSF n’est pour l’instant qu’un mythe…la réalité est plus douloureuse, on s’est compris. Je confirme par contre à quel point les congolaises sont de belles femmes : avoir discuté avec Miss élégance 2004 à fini d’achever mes doutes ;-) avis aux amateurs! Je ne suis pas là en vacances vous me direz et je terminerai justement par le boulot…je viens de passer 4 jours en formation/formalités/mises au point ici à Kinshasa afin de comprendre les tenants et les aboutissants de mon poste au Congo et là encore je prends conscience (la phrase du moment) de l’ampleur de la tâche. Tout d’abord, l’argent…rappelé à la dure réalité des budgets à durée malheureusement trop déterminée et de la quête difficile auprès des bailleurs de fonds (les donations publiques sont malheureusement trop limitées…si vous ne savez pas quoi faire de votre argent) nous travaillons ainsi avec une véritable épée de Damoclès sur la tête, qui si elle tombe nous forcerait à arrêter une partie, voire la totalité de notre travail ici alors que les besoins sont malheureusement bien réels…cela passe aussi par des restrictions en tout genre comme celle de poste expat là ou je vais être : à moins d’un gros revirement de situation, je vais vite me retrouver tout seul là bas, avec le staff local pour compagnons de travail. Beaucoup plus de boulot donc, mais une équipe super qui va le rendre possible heureusement…c dommage que les visites soient interdites là où je vais car je vais avoir de l’espace pour des visiteurs potentiels…aigre doux non ? Aussi, je donnerai des nouvelles les 15 prochains jours mais ensuite ce sera silence radio pendant quatre bonnes semaines car je vais partir sur la rivière pour effectuer des distributions dans tous les points où nous travaillons…dix jours d’affilée (entre autres) sur le fleuve Congo pour atteindre un de nos points çà va le faire mais côté Internet çà va pas le faire ;-) Je quitte donc Kinshasa demain aux aurores pour Mbandaka ma nouvelle ville d’adoption ou je passe mes trois prochains jours à faire une revue de matos et d’effectif, ensuite 15 jours pour organiser les distributions et si tout se passe bien distribs du 8 novembre au 6 décembre…wish me luck !

16 octobre 2004

La dernière ligne droite

Salam a tous, Bon le brief pays est réglé, la formation générale est terminée, le training logistique pareil j’ai enfin tout ce qu’il faut pour me lancer dans le grand bain! pas que j’ai été spécialement anxieux avant mais j’ai été tellement impressionné par le degré de professionnalisme de mon assoce que je pars avec un taux de confiance proche du 100% et je me dois de vous raconter çà. J’ai donc passé 15 jours a aborder tous les sujets possibles et imaginables en relation avec mon départ ; côté général on a passé en revue plus que détaillée les quatre grandes activités d’Action contre la faim (Nutrition, Sécurité alimentaire, Eau, Santé) tous les départements transversaux (Admin, Logistique, Communication, RH)et leur directions respectives, ainsi que tous les thèmes relatifs à l’expatriation (formalités, sécurité, suivi médical et psychologique) sans oublier toute une partie sur la morale de notre action et l’éthique relative à notre champ d’intervention et notre prise de décision (on va se marrer sur le terrain) . Je peux vous dire que rien mais vraiment rien n’est laissé au hasard, et pour booster notre confiance rien de mieux  côté training propre, mis à part les études de cas, les mises en situation et autres présentations j’ai eu ma partie logistique sur nos 4/4 aménagés humanitaires, l’utilisation des radios, les différents suivis et j’en passe et des meilleures…ah oui j’oubliais on a passé aussi en revue toutes les problématiques de recrutement et gestion de staff local…tout je vous dis !!!! la formation m’a rappelé le séminaire d’intégration en école de commerce (les bordelais d’entre vous comprendront) et quel bonheur d’utiliser son cerveau à nouveau... ah mon bar londonien est décidément bien loin ! Ma fantastique RH m’ayant dégagé de toutes les formalités relatives à mon départ, il m’est resté donc trois jours avant le grand départ, pour mettre ma vie (encore une fois) dans des cartons, faire mes adieux à la vie occidentale, et me préparer psychologiquement à mon plus grand défi à cette date….les sensations sont vraiment bizarres et je suis passé par tous les états de l’euphorie à l’excitation, à la peur, à l’émotion…je vous en passe et des meilleures, mais voilà on y est ! je suis rentré dans ma phase « dernière …» dernier curry à Londres, dernier Vins et Fromages, dernière pinte de Guinness (Aarghh mais comment je vais faire) dernières soirées avec les potes, derniers coups de fil, derniers visages réconfortants même par webcam…toute ma vie s’éloigne peu à peu et je commence à m’enfermer dans un cocon. Au fur et a mesure que le départ approche je ne fonctionne plus que par impressions et flashs…ma maison, mes colocs, mon quotidien bien douillet, ma famille aussi bien loin de tout çà…les nœuds à l’estomac se font de plus en plus serrés. Je me remémore aussi les images des films ACF (notre training psychologique durant la formation) celles des enfants cadavériques, celles des balles qui sifflent, les histoires de kidnapping…je mentirais si je disais que le doute ne s’installe pas en moi, et de ce fait l’attente devient insupportable…on m’avait prévenu que je passerais par une phase pareille c’est donc normal mais qu’est ce qui est normal dans ce qui m’attend…après tout on est bien en Europe non? NON? je suis un peu perdu mais je recadre à chaque fois après tout ma vie n’est que sur le point de basculer…mais çà y est là on est vendredi soir, je viens de faire mes derniers adieux, je me couche et dans 4 heures le taxi sera là pour m’emmener….assez réfléchi,la page se tourne enfin, début de ma nouvelle vie.

11 octobre 2004

Et c'est parti

Salam a tous, A y est le Mario se met à la mode du blog...ah la la moi qui me demandait comment j'allais rester en contact avec la famille, les ami(e)s, et toutes les autres espèces humaines, eh ben voilà c'est reglé :-) Bon, on part sur la base d'une missive par semaine dans laquelle je vous raconterai mes aventures, mes expériences, mes galères, mes joies, mes coups de gueule, mes hauts, mes bas, mes à cotés, mes travers, mes un peu à gauche (mais pas vraiment à droite le Mario même si ça c 'est une autre histoire) et tout le reste...si jamais mon emploi du temps m'empêche de le faire je me rattraperai la semaine d'après et sioupli pas d'inquiétude quand à mon silence prolongé... la connexion internet dans le bush c'est pas encore çà ;-) De votre coté n'hesitez pas a me balancer des mails sur mon adresse hotmail, je ne garantis vraiment pas de réponse rapide comme vous pouvez vous en douter, mais vous savez à quel point ces quelques lignes comptent pour moi donc... A vot' bon coeur!! A bientôt donc pour la première partie...